L’Abbé de l’Epée (1712-1789) a joué un rôle capital dans l’institutionnalisation de la Langue des Signes.
Sa rencontre avec les Sourds se fait tout à fait par hasard. Abbé dans une paroisse de Paris, il aperçoit en 1760 deux jumelles sourdes discuter en faisant des gestes. Il est aussitôt fasciné, et a l’idée de regrouper les enfants sourds afin qu'ils enrichissent la langue des signes, et profitent des bienfaits de l’instruction pour devenir de "bons chrétiens et de bons ouvriers".
Cette année, il fonde donc la première véritable école pour Sourds. Les élèves viennent de tous les milieux, et certaines années, ils atteignent le nombre de 70.
L’Abbé de l'Epée se sert également de la langue des signes pour enseigner le français écrit à ses élèves, afin qu’ils puissent s’ouvrir au reste de la société. Il crée donc ses propres signes qu’il insère dans la langue des signes pour enseigner le français : les signes méthodiques, qui correspondent à peu près à du français en gestes. Un mot français correspond à un geste, y compris les mots grammaticaux. Mais ces signes de l’Abbé ont été un échec pédagogique, les enfants ne les ayant jamais intégré. L’Abbé a longtemps enseigné seul le français à ses élèves, puis il a fait appel à des instituteurs, car il connaissait certainement la langue des signes, mais il ne la pratiquait pas forcément très bien.
Ainsi, la population de Sourds s’agrandit avec les institutions de l’Abbé de l’Epée (plusieurs instituts ont été ouverts, notamment à Bordeaux, Metz et Chambéry). Les Sourds, qui étaient éparpillés, se regroupent pour former une grande communauté.
L’Abbé de l’Epée meurt en 1789, ruiné par son entreprise, la plupart de ses élèves étant pauvres. Il est aujourd’hui reconnu comme un bienfaiteur pour la communauté Sourde, ayant permis une uniformisation et une institutionnalisation de la langue des signes.
Puis l’Abbé Sicard lui succède, et la Convention reconnaît en 1790 les établissements de Paris et de Bordeaux, et l’école tenue auparavant par l’Abbé de l’Epée devient l’INJS : L’Institut National des Jeunes Sourds, et se situe rue Saint-Jacques, à Paris. Sicard en devient le directeur. Il a pu obtenir ce poste grâce aux prodigieux progrès de son élève sourd, Jean Massieu, qui deviendra un grand professeur sourd en France.
Ses méthodes pédagogiques montreront qu’il n’avait pas compris la psychologie de ses élèves sourds, et de la surdité de manière générale.
Puis en 1817, Bébian, professeur entendant à l’institut de Paris, devient responsable pédagogique de l’INJS. Il opte pour une méthode éducative bilingue : il utilise la langue des signes comme langue d’enseignement afin d'inculquer le français à ses élèves. En cela, il est un bon successeur à l’Abbé de l’Epée, contrairement à Sicard qui n’utilisait nullement la langue des signes.
Le fait d'utiliser la langue des signes comme langue d'enseignement permet de justifier le rôle des professeurs Sourds . Ainsi, la langue des signes a pu recevoir un droit de cité, et est adoptée par les grandes écoles de province, qui se multiplient (Lyon, Orléans….) et deviennent le point de ralliement des communautés Sourdes de chaque région.
Ceci a par ailleurs permis une reconnaissance de la communauté Sourde, communauté possédant sa propre langue.
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